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Synthèse de la réunion publique du 8 novembre 2007 sur " comment améliorer la qualité de la Seine ? "
09 novembre 2007 - Catégorie : Synthèse
Lors de ce débat ayant pour thème « Comment améliorer la qualité de la Seine ? », plusieurs points ont été abordés.
la qualité de l’eau de la Seine
La qualité de l’eau est très variable. Cette variabilité est causée par des pollutions, des accidents, etc., mais aussi par des phénomènes naturels comme la température et le débit.
Chaque semaine, des mesures de la qualité de l’eau sont effectuées par le SIAAP. Le but de la Directive Cadre sur l'Eau (DCE) est d’avoir 90% des valeurs au moins en bonne qualité. Actuellement pour la demande biologique en oxygène et l’ammonium, on est en bonne qualité à l’entrée et à la sortie de Paris, mais cela se dégrade en aval de Paris. En ce qui concernant les nitrates et le phosphore, où que l’on se situe, on est toujours en mauvaise qualité.
La qualité piscicole de la Seine est en augmentation : en 1990, 14 espèces de poisson étaient comptabilisées par les stations de mesure gérées par le SIAAP, contre 29 en 2007. Ainsi, entre le 22 octobre et le 1er novembre 2007 dix saumons et quinze truites de mer ont remonté la Seine. En regardant le profil de la Seine, on s’aperçoit qu’en amont de Paris, la qualité piscicole est relativement bonne. Dans Paris, elle se dégrade car il n’y a quasiment pas de zone de reproduction. Ensuite, l’habitat s’améliore de nouveau et la diversité augmente. En aval de l’agglomération parisienne, il y a une dégradation due à la mauvaise qualité de l’eau.
Les polluants émergents
Ce sont principalement les résidus médicamenteux, les perturbateurs endocriniens, les produits de soin et les produits ménagers. Ils sont issus de la production industrielle, de l’utilisation par les agriculteurs, mais aussi des déchets de chacun d’entre nous. Il existe peu de données toxicologiques sur ces composés. Certains ont des effets avérés sur la faune, et en particulier sur la faune aquatique, et d’autres ont des effets suspectés chez l’homme.
Les perturbateurs endocriniens.
Il en existe plusieurs types :
- Les produits naturels, d’origine humaine, excrétés par l’homme : l’oestradiol, etc.
- Les produits pharmaceutiques tels que l’ethynyloestradiol qui est le principe actif de la pilule contraceptive.
- Les produits présents dans les plantes, comme les phyto-oestrogènes dans le lait de soja.
- Certains pesticides : DDT, endosulfan, vinclozoline, etc.
- Les détergents.
- Les métaux.
- Les dioxines, etc.
Les effets potentiels chez l’homme :
- Malformations du système reproducteur (malposition testiculaire)
- Altération des fonctions de reproduction (baisse de la qualité du sperme)
- Modification du « sex-ratio » (proportion d’hommes et de femmes, voir même de changement de sexe chez les poissons).
- Altération du système immunitaire
- Perturbation de la fonction thyroïdienne
- Augmentation de fréquence de certaines tumeurs (cancer du testicule ou du sein)
Les médicaments :
Lorsque l’on consomme un médicament, il ne sera pas entièrement métabolisé par notre corps. Ce qui n’a pas été assimilé se retrouve dans le milieu naturel et en particulier dans les cours d’eau. Or, selon la nature chimique du médicament, selon sa biodégrabilité, etc., il y aura des pourcentages d’élimination tout à fait variable. En général, au niveau de la potabilisation de l’eau, les concentrations de ces composés sont très faibles (quelques nanogrammes par litre). Les composés posant le plus problème au niveau de la consommation d’eau, sont les produits contrastants utilisés pour les radios. Ce sont des composés iodés relativement stables, très mal éliminés par les stations d’épuration. Cependant, leur concentration dans le milieu naturel est faible (souvent inférieure à 0,1 microgramme par litre, qui est la norme utilisée par les Allemands pour les eaux de consommation).
Les méthodes de traitement :
Au niveau de la station de traitement des eaux usées :
- Le composé initial peut être éliminé ou transformé en sous-produit (c’est-à-dire qu’une molécule A est transformée en une molécule B). Dans ce dernier cas, les risques ou la toxicité n’ont pas forcément disparu. En outre, ils peuvent être adsorbés sur les boues, ce qui pose la question du devenir de ces boues.
- Des essais par oxydation par l’ozone ou par oxydation radicalaire (ozone/peroxyde d’hydrogène) sont réalisés. Bien qu’efficace, ces traitements peuvent aussi entraîner la formation de sous-produits.
Entre la station d’épuration et la station de traitement d’eau potable, il y a un phénomène de dilution dans le milieu naturel. Or, les effets à long terme sur les écosystèmes à de si faibles concentrations sont inconnus.
Au niveau de l’usine de production d’eau potable, il y a plusieurs traitements possibles :
- Adsorption sur charbon actif en poudre ou en grains.
- Oxydation par l’ozone et/ou le chlore avec risques de formation de sous-produits.
- Rétention membranaire (nano filtration ou osmose inverse), mais le coût en est élevé.
Ces traitements en station d’épuration et en usine de production d’eau potable permettent de diminuer fortement la concentration de ces polluants émergents. Mais il n’existe pas de solution idéale pour maîtriser ces substances. Par ailleurs, les polluants émergents sont définis d’un point de vue réglementaire, par une liste émise à Bruxelles. L’amélioration des techniques d’analyse permet la découverte de nouveaux composés, ce qui a pour conséquence de rendre cette liste évolutive. Et cela pose des problèmes au niveau du traitement car il devrait être lui-même évolutif.
les Directives Européennes
Actuellement, le cadre réglementaire comporte deux grandes étapes :
1. La Directive Eaux Résiduaires Urbaines (DERU). Elle demande :
- Le traitement poussé de l’azote et du phosphore sur les stations d’épuration afin de limiter l’eutrophisation (l’apport en excès dans l’eau de nutriments comme l’azote et le phosphore entraîne la prolifération de certaines espèces végétales qui asphyxient le milieu en se décomposant).
- L’amélioration de la collecte des eaux et de leur traitement. Il ne doit pas y avoir de déversement par temps sec, et les pluies doivent être traitées jusqu’à un niveau dit « exceptionnel », c’est-à-dire les 5% des plus gros volumes qui vont entrer dans l’ensemble du système d’assainissement.
Aujourd’hui, nous sommes en contentieux avec l’Union Européenne sur cette Directive : l’Etat Français est mis en demeure de payer une amende de 400 millions d’euros.
En effet, cette Directive, qui date de 1991, devait être appliquée pour 1998.
Sur l’usine Seine aval, la mise en conformité est prévue pour le 31 décembre 2011.
2. La directive Cadre sur l'Eau (DCE). Elle date de 2000 et demande le bon état des eaux pour 2015. Le bon état comporte deux grands volets :
- Le bon état chimique par la suppression ou la forte limitation des rejets de substances dangereuses.
- Le bon état des écosystèmes par la préservation de la biodiversité, la libre circulation des espèces, la préservation des habitats et de la qualité de l’eau.
Au niveau du Bassin de la Seine, la Directive est déclinée dans le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE). Celui-ci comprendra :
- Les objectifs.
- Le délai pour atteindre le bon état par tronçons de rivières.
- Les principes de bonne gestion.
La Directive Cadre prévoit que l’on puisse reporter le délai, avec un premier report à 2021, et un deuxième report à 2027. Pour reporter, il faut argumenter la demande avec des justifications économiques, notamment de coûts disproportionnés au regard des bénéfices environnementaux. Ainsi dans le SDAGE des objectifs seront fixés par tronçons de rivière : 2015, 2021, 2027.
Au niveau des stations d’épuration, on passe d’un traitement poussé de l’azote et du phosphore avec la DERU, à un traitement très poussé pour atteindre le bon état de la DCE. Pour respecter la DCE, il faudra aussi maîtriser les eaux pluviales et reconquérir les habitats piscicoles par la réhabilitation de zones dans lesquelles les poissons pourront se nourrir et se reproduire (les frayères par exemple). Cependant, aujourd’hui, il y a toujours un exercice qui se poursuit au niveau européen pour définir le bon état, afin qu’il soit à peu près au même niveau dans chaque pays de l’union européenne.
La baignade dans la Seine
Plusieurs raisons font qu’on ne peut pas se baigner dans la Seine :
- Des raisons de sécurité.
- Des risques sanitaires provenant des stations d’épuration mais aussi du milieu naturel : une tête de bétail produit environ 1 milliard de parasites par jour. Donc, lors du lessivage des sols sur lesquels des bovins ont séjournés on obtient des concentrations non négligeables de parasites dans les rivières ou dans les fleuves.
- La directive Européenne Baignades qui vient de sortir .
La baignade dans la Marne
La Marne fait l’objet d’un objectif baignade. Pour l’atteindre, une Charte
Marne a été crée. Elle comprend plusieurs points :
- La maîtrise des eaux pluviales et la mise en conformité des réseaux. Cet aspect est très important, car la baignade a été interdite en 1970, à cause de problèmes de débordements des réseaux d’assainissement.
- Les bonnes pratiques phytosanitaires, c’est-à-dire l’entretien des végétaux sans traitement.
- L’aménagement de berges.
- Les paysages.
Parallèlement, un certain nombre d’actions d’entretien de la rivière sont réalisées. Et chaque année, une action de baignade est organisée. Elle permet de communiquer sur les directives comme la DCE et d’impliquer le public dans le travail de baignade.
Les Services d’Assistance Technique Auprès des Exploitants de Stations d’Epuration (SATESE)
Habituellement, ils ne s’occupent que de stations d’épuration urbaines, et non pas d’industries. Cependant, pour la sécurité du personnel qui travaille dans le réseau d’assainissement, et éviter qu’il ne soit dégradé, les Conseils Généraux voulaient savoir ce qui arrivait dans les tuyaux d’assainissement. Les SATESE ont donc été chargé d’aller dans les entreprises, de visiter les installations et de voir quelles étaient les solutions pour traiter l’eau avant qu’elle soit rejetée dans le milieu naturel, ou dans le réseau d’assainissement.
Du point de vue juridique, un industriel n’est pas obligé de se raccorder à un réseau d’assainissement et un propriétaire de réseau d’assainissement, que ce soit une collectivité communale ou départementale, n’est pas obligé d’accepter ces rejets. Mais dans tous les cas, l’industriel doit traiter ses eaux usées.
Les SATESE ont instauré l’auto-surveillance par les industriels. Cela leur permet de faire des économies d’électricité, d’eau, de réactifs, de réagir rapidement en cas de pollution ou de dysfonctionnement, et également de faire des économies de matières premières. Par ailleurs, cela leur donne une bonne image de marque en matière d’écologie.
Des conventions ont été mises en place pour pérenniser les efforts faits en amont dans le but d’éviter les pollutions industrielles qui arrivent dans le réseau d’assainissement et qui ensuite arrivent sur les stations d’épuration :
- Les AAD (Arrêté d’Autorisation de Déversement). C’est un acte unilatéral. C’est le propriétaire du réseau, la Commune ou le Conseil Général, qui signe cet arrêté avec l’industriel.
- Les CSD (Convention Spéciale de Déversement) impliquent le Maire si l’industriel est raccordé à un réseau communal, le Conseil Général car généralement le tuyau communal va dans le tuyau du Département, le SIAAP car cela va dans ses stations, le gestionnaire du réseau pour l’entretien des réseaux et l’industriel.
Dans ces conventions, les obligations de l’industriel sont définies. Certaines entreprises ont seulement des obligations vis-à-vis de leurs effluents, c’est-à-dire qu’elles doivent respecter les concentrations et éventuellement des débits ou des poids de pollution. D’autres sont obliger de prétraiter.
Malgré tous ces efforts, du fait de la DCE, les SATESES sont appelés à disparaître.
les techniques d’épuration
Les bactéries mangent la pollution. Il y a deux types de système les utilisant :
- Ceux où les bactéries nagent librement dans la pollution. Ce sont les dispositifs de type boues activées. 90% du parc de stations d’épuration fonctionnent selon ce système.
- Ceux où les bactéries sont fixées sur des supports. Ce sont les installations de type biofiltre dans lesquelles les bactéries sont immergées dans l’eau, et les installations de type lits bactériens, pour lesquels on procède à l’arrosage d’un support sur lequel les bactéries se développent. Tout l’assainissement non-collectif fonctionne selon ce système-là.
Etant donné que les exigences en matière de traitement des pollutions sont de plus en plus élevées, le volume des ouvrages et le temps de séjour de l’effluent à travers ces ouvrages ont considérablement augmenté dans les stations d’épuration utilisant le traitement biologique.
Pour remédier à ce problème d’espace, des ouvrages regroupant la fonction d’épuration et la fonction de séparation entre l’eau traitée et les boues ayant servie à l’épuration, ont été crée :
-Le SBR. Trois phases se déroulent dans un même ouvrage :
- L’eau est ajoutée aux bactéries, ce qui permet la dégradation de la pollution.
- Une phase de décantation durant laquelle l’eau, débarrassée de toute pollution reste en partie haute, tandis que les boues sont dans la partie basse.
- La phase de vidange qui permet de récupérer l’eau traitée surnageante.
- Les biofiltres. Ils utilisent des cultures bactériennes fixées immergées sur lesquelles on va passer relativement vite. Il y a à la fois une fonction de dégradation de la pollution et un piégeage des matières qui sont nées du processus de dépollution.
- Les réacteurs membranaires. Le mélange eau/boues épurées passe à travers des membranes très fines, de manière à retenir d’un côté de la membrane les bactéries qui ont servi à épurer l’eau et de l’autre côté, on récupère l’eau débarrassée de sa pollution.
Ces trois techniques permettent de gagner un espace important. Surtout les biofiltres qui sont compacts et peuvent être empilés les uns sur les autres. Ainsi, la station de Colombes, qui utilise cette technologie, représente 0,04 m2 par équivalent habitant.
Les techniques naturelles telles que le lagunage, représentent 12 m2 par équivalent habitant. Pour une population importante, cela représenterait des milliers de mètres carrés.
Les techniques utilisant les plantes représentent environ 1,2 m2 par équivalent habitant.
Cependant, les ouvrages tampons utilisant des plantes n’obtiennent pas de résultats très satisfaisants. Ils sont crées entre la station d’épuration classique et le milieu naturel pour peaufiner le traitement de manière à arriver à un niveau d’épuration relativement élevé. Cependant, les rendements sur l’azote, le phosphore, la demande biologique en oxygène sont relativement modestes.
La région Ile-de-France
Le Conseil régional d’Ile-de-France s’est investi aux côtés du SIAAP sur 3 sujets :
- L’amélioration de la qualité de traitement des stations. En effet, la région Ile-de-France a une grosse responsabilité vis-à-vis de l’aval et de la Mer du Nord.
- Les nuisances locales. La région souhaite donc mettre un terme au gigantisme de la station d’Achères.
- La déconcentration. La région défend le principe de proximité, car plus on s’éloigne de la station d’épuration et moins les émetteurs de pollution se sentent concernés. De plus, on s’éloigne aussi de la rivière. Ces petits cours d’eau ne servent parfois qu’à faire passer un tuyau collecteur dans le fond de vallée et la région veut en faire des rivières vivantes.
L’opération d’intérêt national Massy Saclay
Le but est d’accompagner ce territoire dans son organisation globale, en prenant en compte l’ensemble des problématiques d’aménagement : le logement, les déplacements, la gestion de l’eau, etc. Elle va se présenter sous la forme d’un GIP (groupement d’intérêt public) qui réunira l’Etat, les collectivités territoriales, le monde économique, scientifique, associatif, et les différents acteurs du territoire.
L’objectif est d’essayer d’intégrer dès le départ la problématique de l’eau dans la problématique d’aménagement. Aujourd’hui il n’y a pas encore de projet d’aménagement. En effet, il va être construit en 2008.
Agissons ensemble pour l'eau